Zoom sur le Syndrome de Cushing équin

Cheval atteint d'hirsutisme
Celleux qui me suivent sur Instagram ou Youtube le savent déjà, depuis quelques mois on a diagnostiqué le syndrome de Cushing à Pomponette. C'est une maladie qui atteint beaucoup de chevaux, surtout ceux qui prennent de l'âge. Il était évident que je vous en parlerais : aussi bien pour aborder les aspects biologiques que le traitement et les résultats qu'on peut espérer.

Le diagnostic de la maladie

Pomponette a 27 ans en 2020, elle a toujours eu beaucoup de poil et des poils très long mais c'est une ponette rustique (imaginez un mélange entre un Shetland et un Fjord, ça donnerait Pomponette !) donc rien d'anormal. Au printemps 2019 elle a eu du mal à faire sa mue, elle a gardé ses grands poils assez longtemps, on a d'ailleurs décidé de la tondre à l'approche de l'été parce qu'elle avait vraiment trop chaud. Là où la maladie a été la plus frappante ça a été à l'arrivée de l'automne. Les matinées fraîches lui convenaient bien mais les après-midi ensoleillées et chaudes, pas du tout : elle transpirait beaucoup, elle restait couchée et avait du mal a respirer calmement. En plus de ça elle s'est blessée (luxation de la rotule du postérieur droit puis entorse du boulet au postérieur gauche). La vétérinaire a pu poser un diagnostic seulement grâce à l'observation des signes cliniques. En cas de doute il est possible de faire une prise de sang afin de doser l'ACTH (on reviendra sur cette hormone dans la suite de l'article).

En cas de doute un dosage de l'ACTH permettra de diagnostiquer la maladie

Les causes de la maladie : un peu de biologie

Le syndrome de Cushing ou PPID (Pituitary Pars Intermedia Dysfunction, que vous pouvez traduire par "Dysfonctionnement du lobe intermédiaire de l'hypophyse") est une maladie qui a été mise en évidence en 1932. Ce n'est qu'en 1988 qu'elle est mieux comprise grâce aux recherches de Millington et al. Des études plus récentes ont été menées en 2005 appuyant la théorie selon laquelle le syndrome de Cushing serait dû à une neurodégénérescence dopaminergique (McFarlane et al.) et en 2008, portant sur la saisonnalité de la concentration plasmique de différentes hormones chez le cheval âgé atteint du syndrome de Cushing (Haritou et al.).

Production d'hormones et rétrocontrôles

Le syndrome de Cushing se caractérise par une quantité trop élevée de cortisol, une hormone stéroïde qui intervient dans le stress et qui met l'organisme en condition de survie.
Chez un individu sain, la production de cortisol est régulée par la CRH, une hormone produite par l'hypothalamus et qui agit sur l'hypophyse (une petite glande située dans le cerveau). La CRH agit afin de stimuler ou d'inhiber la production de cortisol grâce à un système de rétrocontrôle.



Sous l'action de la CRH l'hypophyse augmente ou réduit la production d'ACTH (Adreno CorticoTrophic Hormone), une hormone polypeptidique naturellement secrétée par cette glande. L'ACTH va alors agir une autre glande, la glande corticosurrénale. Cette stimulation, induit la production de glucocorticoïdes qui agissent eux-aussi par rétrocontrôle négatif sur l'hypophyse et l’hypothalamus.
Dans le même temps la production d'ACTH peut être freinée par l'action de la dopamine, elle aussi sécrétée par l'hypothalamus et agissant sur l'hypophyse pour moduler la production d'ACTH.



Dans le cas du syndrome de Cushing, il y a une surproduction de cortisol qui est généralement lié a une dérégulation de la sécrétion d'ACTH. Cette dérégulation est le fruit d'une absence d'action de dopamine.
La dopamine ne jouant plus son rôle et la CRH agissant, l'hypophyse sécrète de l'ACTH en grande quantité, ce qui induit une création de cortisol plus importante que la normale. L'organisme se met alors en situation de stress et va mobiliser ses réserves (glucidiques, lipidiques et protéiques).

Les symptômes et diagnostique de la maladie

Il existe plusieurs symptômes caractéristiques de la maladie qui peuvent s'exprimer, ou pas. C'est généralement une combinaison de ces symptômes qui aiguillent le vétérinaire vers ce diagnostic.
  • Le plus simple a repérer c'est l'hypertrichose (ou hirsutisme) qui correspond à un développement excessif des poils ;
  • En plus de cela une mue anormale peut apparaître : le poil n'est pas remplacé correctement ou repousse très vite après une tonte ;
  • Le cheval atteint peut sembler léthargique et amorphe, il ne réagit pas à vos stimulation ou change de comportement ;
  • Une fonte musculaire et une perte d'état global peuvent avoir lieu ;
  • Des fourbures régulières ;
  • Des dépôts de tissus adipeux (graisse) sont possibles de façon localisée sur l'abdomen ;
  • Une sudation anormale peut survenir ;
  • A un stade avancé la maladie peut causer des troubles neurologiques importants avec des troubles de l'équilibre et/ou de la vision et de la narcolepsie.
Ces quelques exemples ne sont pas exhaustifs et peuvent apparaître de façon saisonnière. Pomponette par exemple est un peu léthargique pendant les journées chaudes à l'automne et il lui arrive de transpirer beaucoup à la même période alors qu'en hiver ces symptômes disparaissent.

Pomponette en train de brouter au pré


En cas de doute le vétérinaire peut décider de confirmer son intuition basée sur l'observation des signes clinique en faisant une prise de sang. Elle va permettre de doser l'ACTH et de déterminer si le cheval est atteint ou non. Cette méthode n'est pas infaillible puisque les valeurs varient au cours de la journée.
En cas de doute un test de suppression à la dexaméthasone (cortisone de synthèse) peut être réalisé. Si le cheval est atteint alors la dexaméthasone n'aura pas d'impact sur la concentration plasmatique de cortisol (cortisone naturelle) qui restera élevée.

Les traitements de la maladie

Le syndrome de Cushing est une maladie incurable. Il existe toutefois deux traitements qui visent à réduire les symptômes mais le cheval atteint ne guérira jamais.

Le laboratoire Boehringer Ingelheim, qui fabrique le Prascend® écrit sur son site dédié à la maladie que "les chevaux traités avec Prascend® montrent une amélioration des signes cliniques en 3 mois [...] et que le dosage d'ACTH revient à la normale avec le traitement" (2011).
Ce médicament contient une substance qui inhibe l'hypophyse : le pergolide. Il prend le relais de l'organisme en agissant comme la dopamine et en freinant ainsi la production d'ACTH.
C'est le traitement qui nous a été conseillé par notre vétérinaire et c'est celui que prend Pomponette depuis quelques mois. On a observé que son poil est un peu moins hirsute et bouclé, par contre elle a toujours tendance a transpirer dès qu'il fait un peu chaud.

Un second traitement existe, à base de  trilostane qui inhibe la biosynthèse des stéroïdes. Cependant il a un coût bien supérieur au premier, ce qui le rend moins courant.

Dans tous les cas un traitement mis en place pour lutter contre la maladie devra être pris quotidiennement et à vie. Dans la mesure du possible il est conseillé de garder le cheval atteint un minimum actif : vie au pré et/ou balades régulières.


Ressources

- McFarlane D, Dybdal N, Donaldson MT, Miller L, Cribb AE. Nitration and increased alpha-synuclein expression associated with dopaminergic neurodegeneration in equine pituitary pars intermedia dysfunction. J Neuroendocrinol 2005;17:73-80

- McFarlane D. Advantages and limitations of the equine disease, pituitary pars intermedia dysfunction as a model of spontaneous dopaminergic neurodegenerative disease. Ageing Res Rev 2007;6:54-63
  
- Millington WR, Dybdal NO, Dawson R, Jr., Manzini C, Muel- ler GP.

- Grubbs ST, Neal DL and TJ Keefe. Clinical signs associated with PPID status in a large population of horses.

- Haritou SJ, Zylstra R, Ralli C, Turner S, Tortonese DJ. Seasonal changes in circadian peripheral plasma concentrations of melatonin, serotonin, dopamine and cortisol in aged horses with Cushing's disease under natural photoperiod. J Neuroendocrinol 2008;20:988-996


Publier un commentaire

0 Commentaires