S'occuper des pieds de son cheval : Stage PEL avec Guillaume Parisot

By Audrey - 31.1.19


En temps que propriétaire on cherche à s'entourer de professionnels compétents pour prendre soin de notre cheval. En fonction de nos besoins, de nos attentes et de la santé général du cheval en question, chaque propriétaire a ses propres critères. La difficulté est d'arriver à trouver l'équipe qui saura travailler de concert afin de garantir un état de santé optimal.
Aujourd'hui on va parler pieds et pour ça je vais remonter un peu dans le temps pour vous expliquer mon cheminement de pensée.


Premier poney, premières questions

Mon premier poney est arrivé à la maison pieds-nus. Aucun fer aux sabots et l'habitude de monter dans un club ou les chevaux étaient également pieds-nus. La question ne s'est pas posée et Pomponette est restée ainsi. A l'acquisition d'Ailette par contre on s'est interrogées plus longuement. La jument avait une seime qui parcourait le sabot de haut en bas et le vendeur nous a assuré qu'elle avait besoin d'être ferrée sous peine de voir la boite cornée s'écarter.


Deux ferrures plus tard elle finissait pieds-nus, comme sa copine de pré ! Son sabot ne s'est jamais fracturé, il n'a pas cassé, la fente elle est toujours présente mais n'handicape en rien la jument qui bouge très bien et a même un pied plutôt sûr. Les autres chevaux n’étaient pas ferrés à leur arrivée à la maison et on les a laissés comme ça.


Pomponette a toujours été pieds-nus
Pendant plusieurs années on a fait appel à un maréchal ferrant, il était doux et patient avec les chevaux. Cependant il était également très pris et pas toujours disponible. Je me suis essayée au parage un peu "à l’œil", en râpant ce qui semblait être en excédent au niveau de la paroi. Ensuite nous avons fait venir un autre maréchal ferrant. Il nous a beaucoup conseillé, notamment en ce qui concerne Pomponette qui est fourbue et qui avait des pieds assez catastrophiques (pousse très rapide, usure non uniforme de la paroi, fourchettes encastelées, etc.). Les chevaux semblaient plus actifs après ses passages et Pomponette se tapait même des galops avec les autres. Bref on a toujours été contentes de son travail mais j'avais envie de pouvoir comprendre le pied. Pourquoi ceux de Pomponette poussent de travers ? Pourquoi ceux de Berkeim sont toujours nickels ? Pourquoi sur ceux d'Eshita les talons s’allongent ?
Les fers ne sont pas restés longtemps

Les guerres de clans


Quand j'ai voulu me renseigner sur le parage afin de trouver des conseils techniques, je me suis rendue compte de plusieurs choses :

  • Le parage n'est pas une science exacte et il existe différentes écoles ou visions de ce qu'est un bon parage et de comment il doit être fait ;
  • Certains pareurs et maréchaux semblent être en guerre ouverte ;
  • Les pareurs semblent être en guerre entre-eux.

Internet est un merveilleux outil de partage mais on y trouve tout et son contraire. Sans connaissances préalables, il est donc difficile de s'y retrouver et de se faire un avis éclairé sur ce qu'on lit. J'ai vite découvert qu'il existaient de nombreuses méthodes de parage. Pour le néophyte elles se ressemblent beaucoup mais pour le pareur, elles sont fondamentalement différentes.
J'ai aussi vite compris qu'il existait une sorte de clivage entre pareurs et maréchaux. Les premiers ont tendance à dire les seconds obstinés et fermés cependant je pense que beaucoup de maréchaux s'intéressent et se forment au parage. Ce que j'ai trouvé le plus étonnant c'est la violence de certains échanges que j'ai pu lire entre des pareurs appliquant différentes méthodes.

La volonté de comprendre le pied

Au milieux de tous ces Noms et de toutes ces méthodes j'ai du faire du tri. J'avais besoin de me renseigner suffisamment sur chacune pour me faire une opinion et pouvoir piocher ce qui m'intéressais et honnêtement ce fut un travail assez complexe et mes cours de biologie, de physiologie et d'anatomie m'ont un peu aidé. J'avais vraiment envie de mieux comprendre le fonctionnement du pied et du sabot dans le but d'adapter mes parages. La compréhension des structures (internes et externes) me semblait être une base nécessaire pour être capable de réaliser un travail correct qui irait dans le sens du cheval et pas à son encontre. J'ai passé beaucoup de temps sur le blog de Guillaume Parisot, parce qu'il aborde à peu près toutes les thématiques imaginables concernant le pied des équidés, parce qu'il est bien illustré et parce que l'auteur fait toujours le lien entre ce qu'il observe et comment il pare. A partir de ce moment j'ai compris que c'était la "méthode" qui me correspondait le mieux, à savoir la PEL (Podologie Équine Libre).


A cette époque, j'ai commencé à prendre plein de photos des pieds de mes chevaux, maintenant je vois l'évolution et c'est génial ! Ca me rappelle aussi qu'il ne faut pas laisser traîner les parages.
Ce qui m'a vraiment séduite dans cette approche c'est qu'en PEL on ne cherchera jamais à faire rentrer un sabot dans un moule prédéfini, on s'adapte à chaque cheval et à chaque conformation. Le deuxième point qui m'a marqué c'est l'approche holistique qu'on a du cheval : on n'intervient que sur le pied mais on ne néglige jamais l'ensemble des médecines qui peuvent qui doivent graviter autour de l'animal (ostéopathie, dentisterie, shiatsu, saddle et bit -fitting, etc.).


Se former soi-même ?

Après avoir écumé le site web, vu passer des dizaines de photos sur différents groupes et forum, lu toutes sortes de choses :

- "il faut baisser les talons"
- "ton roll n'est pas assez marqué"
- "la paroi est porteuse"
- "c'est un parage à plat"

J'ai décidé qu'il fallait que je me forme. Pour de vrai, avec quelqu'un pour me montrer les gestes, pour m'expliquer les incidences de mes actes et pour répondre à mes questions. J'ai attendu, parce que les stages PEL s'organisaient assez loin de chez moi. Et aussi parce que ça a un coût !
Puis fin 2017, j'ai repéré un nom connu dans la liste des lieux de stages pour la nouvelle année. J'ai sauté sur l'occasion, j'ai contacté l'organisatrice et j'ai réservé ma place dans la foulée ! Le coût de la formation est assez conséquent mais j'avais déjà mon matériel et une volonté très marquée d'en apprendre plus.
J'ai donc participé à un stage PEL animé par Guillaume sur deux jours. La première journée était dédiée à la théorie : Pourquoi la PEL ? Quels fondements ? Pourquoi des pieds non-ferrés ? Pourquoi la fourbure ? Pourquoi les abcès ?
Beaucoup de choses à assimiler et quelques nouveaux termes de vocabulaire à s'approprier. A la fin de la journée j'étais ravie, j'avais eu ce pourquoi j'étais venue.
Le deuxième jour était orienté pratique. Le matin on a vu comment parer, en fonction des notions acquises la veille, de façon cohérente avec le fonctionnement du cheval. L'après-midi était réservée aux tripes accrochées puisque nous avons pratiqué sur des "pieds morts". Comprenez des pieds de chevaux ayant fini à l’aratoire et dont on a sectionner le bas du membre pour travailler dessus (je vous épargne les photos). Alors oui, ça peut sembler dégoûtant mais c'est aussi un moyen de tester des choses et de pratiquer sans risque. D'abord armés de nos marqueurs et de nos réglets, nous avons soigneusement pris nos mesures et placés nos marques. Après cela, le travail de parage a commencé : travail des barres, recul des points d'impacts, chanfrein de la paroi puis ajustement de la hauteur des talons.


Mon avis sur la formation

Comme évoqué plus haut, la partie théorie a été à la hauteur de mes attentes : j'ai appris énormément de choses. Pour ce qui est de la pratique, il a fallut enregistrer beaucoup d'informations en peu de temps. Chacun des participants a paré un pied moulé en plâtre et a pu repartir avec, ce qui est très utile, ça permet de se repérer tranquillement et de garder les repère en mémoire en cas de besoin. La partie sur pieds morts, bien que peu ragoutante, me semble nécessaire. Elle permet de voir différents types de pieds et de s’entraîner dessus.
J'avais un peu peur de découvrir Guillaume, qui semble très froid et sec dans ses propos sur internet, parfois souvent même provoquant. J'avais aussi peur qu'il soit trop tranché dans ses propos et/ou critique envers les autres méthodes. J'ai découvert une personne bien différente de celle dont j'avais l'habitude sur les réseaux. Il est beaucoup plus nuancé dans ces paroles et quand il n'est pas d'accord avec une façon de faire il explique toujours pourquoi. Je pense qu'il est aussi incisif sur le net pour faire réagir alors qu'en venant en stage avec lui, il sait qu'on a déjà parcouru une partie du chemin et qu'on est déjà convaincu par les bienfaits du pieds nus. En bref c'est une formation que j'ai beaucoup apprécié, qui était à la hauteur de mes attentes et qui m'a bien aidé.


Après la formation ?

Parce que la formation n'est qu'une étape et pas une fin en soi j'ai pris du temps avant de rédiger cet article (presque 1 an avant de le publier tout de même !). Je voulais avoir un minimum de recul et surtout quelques parages à mon actif. Ayant 7 chevaux à la maison j'ai pas mal de cas différents il faut donc que j'arrive à tous les parer malgré leurs particularités respectives.


Les marques rouges sont mes points de repère, pas du sang, au cas ou...
Ce parage n'est pas parfait, il y a encore beaucoup d'appui niveau paroi mais c'était un premier essai.
J'ai été très contente d'arriver à parer Pomponette. Elle a toujours eu des pieds avec une forme un peu bizarre, une corne qui pousse très vite et un sabot qui se déforme rapidement. En plus de ça mademoiselle est fourbue chronique donc généralement on laissait le travail à notre pareur. Cette fois-ci c'est moi qui m'en suis occupée et je pense avoir fait du bon travail pour de l'entretien. Ce premier parage n'était pas correctif.
Les autres sont moins problématiques mais j'utilise vraiment ce que j'ai appris durant ces deux jours avec Guillaume.


Alors là, je ne comprends pas ce qui s'est passé niveau photo mais rassurez-vous, je n'ai pas laissé une pointe au niveau du talon :)
Je trouve ça super pédagogique de prendre des photos de ses parages avant/après. Ça me permet de me rendre compte de quelques petits soucis ou détails à ré-ajuster par la suite. Ça me montre aussi ce à quoi je dois être attentive dans mes parages (typiquement ma ligne de PI n'est pas top et j'ai tendance à laisser trop de longueur en pince...).


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