"L'éthologie c'est..." On fait le point !

By Audrey - 20.2.17

Cet article sera une sorte de petit défouloir pour moi parce que je n'en peux plus ! Quand on parle d'éthologie c'est un sacré merdier (pardon pour mon langage grossier mais c'est le cas). Entre les gens qui parlent d'éthologie alors qu'ils font du travail à pied orienté spectacle et ceux qui la ramènent avec leur "l'éthologie c'est pas une pratique équestre, c'est étudier le comportement des animaux dans leur environnement naturel" qui sont pires et qui me donnent envie de hurler j'ai besoin de m'exprimer sur le sujet.


Je suis cavalière, je suis propriétaire et j'ai fait de l'éthologie au sens scientifique du terme alors je vous propose de parler de tout ça histoire d'éclaircir quelques points.

Que dit la science ?

J'ai suivi des cours à l'université de Toulouse avec trois chercheurs : Martin Giurfa (Directeur du Centre de Recherche sur la Cognition Animale), Christian Jost (maître de conférences, PhD, HDR) et Guillaume Isabel (enseignant-chercheur, MdC). Je vous laisse leurs noms pour que vous puissiez allez voir leurs publications et leurs travaux afin que vous vous rendiez compte par vous-même de ce qu'est l'éthologie.

Alors oui, l'étude des bestioles "dans leur milieu naturel" c'est top mais ça coûte extrêmement cher et en France la Recherche n'a pas assez de moyens alors vous pensez bien qu'étudier le fonctionnement de quelques animaux ne suscite pas des levées de fonds extraordinaires de la part de notre gouvernement. Donc beaucoup (pour ne pas dire quasiment toutes) d'études comportementales se font en labo soit sur modèles vivants (des animaux) soit par le biais de simulations assistées par ordinateur. 

Autre chose à savoir les modèles biologiques préférentiellement étudiés ne sont pas des mammifères, et encore moins des équidés ! Les chercheurs travaillent plutôt sur les insectes sociaux (termites, blattes, fourmis, etc. qui sont passionnants d'ailleurs) ou sur des animaux qui développent des comportements remarquables (langage, apprentissage spécifique, etc.). Pour vous donner un exemple j'ai travaillé (de façon appliquée et expérimentale) sur l'agressivité du Betta splendens, sur le comportement alimentaire des souris, sur l’agrégation des cadavres chez les fourmis et sur le déplacement des blattes. Les seuls mammifère évoqués étaient : le chien (pour le côté historique avec Pavlov), le mouton (parce qu'un chercheur travaillait dessus) et la souris (parce que c'est un modèle biologique courant).



Ceci étant dit quand on travaille dans la recherche comportementale on suit une démarche scientifique assez classique. On part d'une question, on formule une ou des hypothèses (basées sur un peu de littérature), on imagine un protocole expérimental (le moins coûteux possible), on met en place la ou les expériences, on observe et on prend des notes (quantifiables). Après ça on passe à l'analyse des résultats et ça passe par des statistiques. Alors si vous ne savez pas calculer un écart-type, une variance ou si vous ne savez pas ce qu'est une ANOVA ou une p-value ne vous la jouez pas "moi je sais que l'éthologie c'est une science et que c'est l'observation des animaux blablabla" parce que c'est un peu plus compliqué que ça.


Exemple de résultat obtenu lors d'une étude sur le comportement alimentaire des souris (Mus musculus)

Et c'est avec l'analyse des données récoltées au cours de l'expérimentation qu'on valider ou non les hypothèses formulées plus tôt. Ça a l'air simple mais une simple expérience prend souvent plusieurs mois et nécessite de nombreux échanges avec d'autres chercheurs, sans parler des cours à assurer pour permettre à des étudiants (comme je l'ai été) de s'intéresser à cette merveilleuse science et d'en comprendre les rudiments.

Que dit la FFE ?

Maintenant que j'ai posé les bases scientifiques de la démarche, on va s'intéresser à l'équitation et au rapport avec le cheval. Certains cavaliers ont commencé à se dire que plutôt que de contraindre le cheval, nous aurions tout intérêt à dialoguer avec lui, à lui proposer des choses plutôt que de les lui imposer. Ces personnes prônent l'écoute et le respect mutuel qui passent par des phases d'observation visant à mieux comprendre cet animal.

Cette pratique se développant et basant une grande partie de son travail à pied (et plus uniquement en selle), la FFE lui a donné le nom "d'équitation éthologique". Il est même possible de passer des savoirs (un peu à la manière des Galops).
Savoir 1 : comprendre et approcher le cheval 
Savoir 2 : communiquer à pied à distance réduite en filet ou licol 
Savoir 3 : communiquer avec son cheval monté
Savoir 4 : communiquer à pied en liberté et à la longe
Savoir 5 : affiner la communication à cheval 

Que cette dénomination plaise ou pas, c'est celle choisie par la FFE et il me semble qu'il est plus simple pour tout le monde de s'en tenir à ça. On sait de quel type de pratique on parle et même si seule la base d'observation est commune avec l'éthologie scientifique pourquoi les gens s'enflamment toujours à ce sujet ?



Pour finir cet article je voudrais simplement vous dire de rester curieux, de chercher à vous informer par différents moyens mais de toujours essayer de donner une valeur à vos sources. Pour ce qui est de l'équitation éthologique je vous conseille de vous tourner vers les centres équestres où les écuries qui proposent des formations/stages/cours avec des moniteurs diplômés par la FFE.

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5 commentaires

  1. Intéressants tes cours!
    Cela dit je ne comprend pas trop où est le problème de définir l'éthologie comme l'étude du comportement animal. Ne serait-ce que pour faire la différence entre des éthologues scientifiques comme Léa Lansade, Hélène Roche ou Marthe Kiley-Worthington et d'autres qui n'ont pas ce titre (même si ils méritent tout autant d'être connu)...
    Enfin bref, je n'ai pas trop d'avis, mais je comprend que ceux qui ont fait des longues études pour être docteur en éthologie défendent leur titre...
    Et sinon, les stats et les protocoles je connais, même si mon modèle est plutot cellulaire et microbien ;-)

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    1. Oui c'était vraiment génial et puis j'ai eu la chance d'avoir le directeur du labo (un homme passionné et passionnant) en cours.
      En fait ce qui m'embête c'est pas qu'on dise que c'est l'étude du comportement animal, c'est que la plupart des personnes qui disent ça ne savent pas ce que ça veut dire de façon appliquée.
      Après là j'ai vraiment parlé de la pratique, pas du titre. Et honnêtement, je crois que les éthologues s'en fichent un peu. Eux ils sont docteurs en éthologie et chercheurs, ça n'a rien à voir avec l'équitation.
      J'ai un peu bossé sur des modèles de petite tailles (bactériologie en L2/L3, c'était vraiment intéressant et la bio cell reste un de mes cours préféré, même si ça n'était pas le plus simple, ça permet de comprendre comment la vie fonctionne).

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    2. D'accord je comprend mieux ce que tu veux dire... :-) D'où l’intérêt de blog comme le tien pour continuer à partager les bonnes informations ;-)

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  2. Que veux-tu, les gens aiment bien s'enflammer pour un rien : c'est l'occasion de faire valoir ce qu'ils savent (ou croient savoir), ça alimente les débats qui restent sans fin et sans réflexion et ça fait marcher les forums. xD

    En dehors de ça, je suis tout à fait d'accord avec le dernier paragraphe sur la nécessité de rester curieux mais surtout sur le passage des sources. Inutile d'asséner un fait sans argumenter, sans réflexion derrière ou sans source valable. ♥

    Hegozaldi, du blog https://chroniqueshivernales.wordpress.com/

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    1. Ah c'est sur que sur les forums ou sur Facebook c'est la foire ! Je me force à ne plus ouvrir ce genre de post parce que ça a tendance à m'énerver puis les discussions sont complètement stériles donc ça ne sert à rien de commenter...

      C'est un réflexe que j'ai acquis à force de rédiger des études avec bibliographie obligatoire durant mes études, je crois que ça m'a un peu marqué xD

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