Cheval de Przewalski - Le dernier sauvage

By Audrey - 25.3.16

Source image : equusquest.blogspot.fr
Si vous êtes cavalier, vous connaissez forcément -au moins de nom- le cheval de Przewalski (Equus przewalskii), aussi appelé takh par les Mongoles. Ce petit cheval, mesurant en moyenne 1.30 m, facilement reconnaissable à son corps trapu et sa robe isabelle, est communément appelé "dernier cheval sauvage". Aujourd'hui, je vous en parle, en espérant vous en apprendre d'avantage.



Avant toute chose, j'aimerai mettre au clair un abus de langage qui me hérisse en tant que biologiste. J'ai déjà entendu plusieurs fois que le cheval de Przewalski était "le premier cheval". Je vous embarque donc dans une petite séance de paléontologie (ou alors tu peux passer au paragraphe suivant, c'est toi qui voit)
Le plus vieil animal étant actuellement relié à nos chers chevaux (Equus caballus) vivait au début de l'Eocène (il y a environ 53 Ma). Cet animal appartenait à l'ordre des Périssodactyles et ses actuels représentants sont les équidés, les tapiridés et les et les rhinocérotidés. Le plus vieil ancêtre du cheval était donc un mélange de tapir, de rhinocéros et de cheval. Le tout de la taille d'un renard et avec un nom à coucher dehors : Hyracotherium.

En 2013, une équipe de chercheurs a publié dans Nature un article sur l'histoire évolutive des chevaux. L'étude se base sur le séquençage de l'ADN d'un fossile de jambe de cheval. Grâce aux analyses faite par l'équipe, on sait maintenant que le premier cheval (du genre Equus) vivait il y a 4 Ma (Orlando et al., 2013). Vous l'aurez donc compris (enfin j'espère) : le cheval de Przewalski est bien un cousin de notre cheval domestique et non un parent ou un ancêtre.


Source image : haut-thorenc.com
Revenons-en à notre petit cheval des steppes mongoles. C'est une espèce qui a été classée comme “éteinte dans la nature” en 1996 par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) mais des individus étaient encore présent dans des zoos à travers le monde. Entre 1899 et 1904, il y avait 54 chevaux de Przewalski en captivité mais seulement 9 ont eu des descendants. On trouve aujourd’hui ces animaux dans leur milieu naturel grâce à des programmes d’élevage et de réintroduction (Volf et Chagdarsouren, 1975).
Le cheval de Przewalski est souvent cité en exemple quand on parle de conservation ex-situ (soit la conservation d'une espèce en dehors de son aire de répartition naturelle). En effet, avec une population basée sur uniquement 9 représentants, la question de la consanguinité est posée. Une récente étude a montré que plus de 90% des chevaux de Przewalski souffrent d'une anomalie causant une dissymétrie de la mâchoire. Cette modification est d'origine génétique et entraîne des difficulté de mastication, réduisant l'espérance de vie des chevaux de moitié (Danilo et al., 2015). Dans la mesure où la population actuelle ne s'est fondé que sur une poignée d'individus, il est raisonnable de penser que la variabilité génétique dans ce pool d'animaux est en cause.

Actuellement, des dispositions sont prises pour éviter d’avoir un taux de consanguinité trop élevé dans les populations captives, notamment par le biais d’échanges, soit d’animaux, soit de matériel génétique entre zoos mais aussi par des méthodes de contraception (Primack et al., 2012).

Si des questions sur ce petit sauvage te trottent encore en tête, il est possible de laisser un commentaire, j'y répondrai (dans la limite de mes connaissances sur le sujet).

Pour en savoir plus sur la réintroduction des espèces et/ou sur le cheval de Pzrewalski :

  • VOLF J. & CHAGDARSOUREN O., 1975, Nouvelles données sur le cheval de Przewalski en captivité et dans la nature, Mammalia, Volume 39, Issue 1, p. 31 - 38.
  • PRIMACK R.B., SARRAZIN F., LECOMTE J., 2012, Biologie de la conservation, ed. DUNOD, p. 192 - 200.
  • ORLANDO L., GINOLHAC A., ZHANG G., et al., 2013, Recalibrating Equus evolution using the genome sequence of an early Middle Pleistocene horseNature, vol. 499, no 7456, p. 74-78.
  • DANILO L., REMY J., VIANEY-LIAUD M., et al., 2015, Intraspecific variation of endocranial structures in extant Equus: a prelude to endocranial studies in fossil equoidsJournal of Mammalian Evolution, vol. 22, no 4, p. 561-582.

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